LES VOYAGES DUNE HIRONDELLE
(A. DUBOIS -1886)
Sommaire 1ère Partie - 2ème Partie



XIX. - LES PERROQUETS.
Perroquets et singes. - Mœurs et habitudes des perroquets. - Différentes variétés. - Le perroquet gris ou jaco ; description. - Oiseaux savants. - Un polyglotte. - Histoire de Coco. - La bonté d'un perroquet. - Un père nourricier.


Les perroquets sont, parmi les oiseaux, ce que les singes sont parmi les animaux, et, chose remarquable, partout où il se trouve des singes, on est sûr de rencontrer des perroquets.

Les forêts de l'ouest de l'Afrique n'échappent pas à cette loi ; elles sont remplies de ces curieux oiseaux, qui se plaisent à nicher dans les troncs caverneux des baobabs, qui les embellissent par la beauté de leur plumage et les animent par leurs cris étourdissants.

Le perroquet a toutes les facultés et tous les instincts du singe, mais il en a aussi toutes les qualités et tous les défauts ; il ne m'a pas été difficile de constater qu'il a de la prudence, de la ruse, du jugement ; il est fier et courageux, capricieux et inconstant.

La voix des perroquets est forte et criarde, mais très flexible et très expressive, et tous mes lecteurs savent comment ils parviennent à imiter la parole humaine.

Leur existence paraît liée à. celle des forêts ; plus elles sont grandes, plus la, végétation est luxuriante, plus aussi les perroquets sont communs ; et il est difficile de décrire le spectacle qu'offre leur livrée splendide lorsqu'elle se détache sur le sombre feuillage des grands arbres.

A la première lueur de l'éclatante aurore, ils s'éveillent, secouent leurs ailes mouillées par la rosée de la nuit, semblent s'exercer en se jouant et s'appelant à grands cris, font mille tours dans les arbres. C'est une espèce de conseil matinal, après lequel ils s'envolent pour chercher leur nourriture. Vers midi, ils se baignent et, pendant la plus forte chaleur, ils se cachent à l'ombre du feuillage.

Lorsque les perroquets habitent le voisinage de pays cultivés, les dégâts qu'ils causent sont immenses ; ils s'accommodent facilement d'un fruit succulent ou d'une graine de peu de dimension Comme les singes, ils détruisent et gaspillent plus encore qu'ils ne mangent ; ils goûtent tous les fruits, rejettent tous ceux qui ne sont pas à leur convenance, dévorent les autres, et vont ensuite s'abreuver et se baigner.

Je rencontrais sans cesse de nombreuses variétés de ces oiseaux J'étais émerveillée de la grâce des jolis tentacules, mignons perroquets nains, pas plus gros que des moineaux ; j'admirais la richesse du plumage des perroquets et longue queue, et l'élégance des paléornis ou perruches à queue en flèche.

Mais celui qui parmi tous les autres doit occuper la première place est le perroquet cendré, connu sous le nom de perroquet gris, perroquet à queue rouge, et, plus familièrement, sous celui de jaco.

On peut le considérer comme le type du genre, et s'il n'est ni le plus rapide au vol, ni le plus élégamment coloré, il est celui chez lequel toutes les facultés sont le mieux et le plus uniforme, ment développées.

Cet oiseau a la queue d'un beau rouge de sang, et toutes les autres plumes, d'un gris cendré ou bris bleu, sont bordées d'un liseré plus clair. Ce liseré, plus accentué sur la tête et sur 1e cou, fait paraître ces parties moins foncées que le reste du corps.

C'est l'espèce que l'on voit le plus souvent en Europe ; et il n'y a peut-être pas un navire arrivant des côtes occidentales di> ; l'Afrique qui n'en ait quelques-uns à son bord introduit a Madagascar et dans les îles voisines, il s'y est pertinemment acclimaté ; il s'est tellement multiplié dans les îles Maurice et Bourbon que l'on a dû, pour se débarrasser de ses ravages, organiser de grandes battues.

En captivité, c'est l'oiseau le plus remarquable par sa douceur son intelligence et son attachement à son maître.

Voici comment Le vaillant parle de l'un de ces oiseaux

Carl parlait aussi bien que Cicéron. Je pourrais remplir tout un livre des discours prononçait, et qu'il me répéta sans oublier une syllabe. Obéissant au commandement, il apportait le bonnet de nuit et les pantoufles de son maître, appelait la servante quand on avait besoin d'elle, Sa résidence favorite était la boutique, où il était très utile. Quelqu'un rentrait-il en l'absence de son maître, il criait jusqu'à ce que l'on arrivât. Il avait une excellente mémoire, et savait des phrases tout entières de hollandais. Ce ne fut qu'après soixante ans de captivité, que sa mémoire commença à baisser, et, chaque jour, il oubliait quelque chose de ce qu'il savait. Il ne disait plus que la moitié d'une phrase, transposait les mots, mêlait les phrases les unes avec les autres. "

Une jeune dame raconte ainsi l'histoire de son perroquet

" Il parlait beaucoup, mais en hollandais. Bientôt, il apprit l'allemand et le français. Il parlait ces trois langues très distinctement ; il était très attentif et disait souvent des phrases qu'on ne lui avait point enseignées.

" En hollandais, il prononçait des mots et des phrases entières ; dans une phrase allemande, il intercalait parfois un mot hollandais, mais toujours à propos, et parce qu'il ne trouvait pas ou ne savait pas le mot allemand. Il questionnait et répondait, demandait, remerciait ; il parlait en parfaite connaissance da temps, des lieux, des personnes.

" Coco veut faire glouglou (boire)... Coco veut avoir à, manger. " Si on ne lui donnait pas aussitôt : " Coco veut et doit avoir à manger. " Etait-on sourd encore, il renversait tout, pour exhaler sa colère.

" Il saluait les gés, le matin, avec bonjour ; le soir, avec bonsoir ; il demandait à se reposer, prenait congé : " Coco veut aller dormir. " L'emportait-on, il répétait plusieurs fois : " Bonsoir, bonsoir. "

Il était très attaché à sa maîtresse. Quand elle lui donnait à manger, il appuyait fortement son bec contre sa main, comme pour la baiser et disait : " Baise la main de madame. " II prenait une vive part à tout ce qu'elle faisait, et souvent, quand elle était occupée à quelque chose, il demandait avec une expression des plus comiques : " Que fait donc madame ? " Lorsqu'elle mourut, il devint triste. On eut de la peine à le nourrir. Souvent il réveillait les chagrins des parents, en s'écriant : " Où est donc madame ? "

Il sifflait très bien, et chantait parfaitement. " Coco va chanter quelque chose, disait-il, puis il commençait

" Perroquet mignon, " Dis-moi sans façon

 Qu'a-t-on fait dans ma maison Pendant mon absence " etc...

" Coco, comment parle Charlotte ? " se demandait-il, puis il faisait la réponse : " 0 beau Coco, ô joli Coco, viens, donne un beau baiser. " Et il le disait avec l'expression même de Charlotte. II témoignait, par ces paroles, son contentement de lui-même

" Ah ! Ah ! Comme il est beau Coco, " et il se passait la patte sur le bec. " Il était cependant bien loin d'être beau, car il avait le défaut de s'arracher les plumes. On lui ordonna comme remède des bains de vin, qu'on lui donnait avec un petit arrosoir. Cela lui était fort désagréable, et quand il en voyait les préparatifs, il disait, avec des larmes dans la voix : " Pas mouiller Coco ; ah ! Pauvre Coco, pas le mouiller. "

" Il n'aimait pas les étrangers, et ceux qui venaient exprès pour l'entendre parler, n'arrivaient à satisfaire leur désir qu'en se cachant. En leur présence, il restait silencieux ; mais, dès qu'ils avaient disparu, il n'en babillait que de plus belle, comme pour se dédommager. On pouvait cependant conquérir son amitié : il parlait avec les personnes qu'il voyait souvent, plaisantait même à sa manière. Un vieux major, qu'il connaissait à merveille, voulut, un jour, lui apprendre des tours d'adresse

" Monte sur le perchoir, Coco, sur le perchoir, " ordonna-t-il. Coco resta stupéfait ; mais tout à coup, poussant un éclat de rire, il s'écria: " Major, sur le perchoir, allons, major ! "

" Un autre de ses amis, du nom de Roth, n'était pas venu de longtemps. On en parlait, on disait que l'on attendait sa visite, quand : " Voici Roth ! " s'écria tout à coup le perroquet ; il avait regardé par la fenêtre, et l'avait reconnu de loin. " Georges, le fils de la maison, avait fait une absence. On l'attendait, on parlait de son retour. Il n'arriva que le soir, tard. Coco était endormi dans sa cage. Après les premiers embrassements, Georges s'approcha de la cage, leva le tapis qui la recouvrait. " Ah ! Tu es là, Georges ? C'est bien, c'est très bien, " dit le perroquet.

" Il avait remarqué que son maître appelait souvent, de la fenêtre, l'intendant ou le fermier. Chaque fois qu'il les voyait s'approcher, il les appelait tous les deux, ne sachant auquel son maître avait affaire. "

Je n'en finirais pas, si je voulais raconter tous ses traits d'esprit : c'était presque un homme.

" Il eut une triste fin. Un vieil ami de la famille était tombé en enfance, et avait pris pour ce perroquet une affection enfantine ; on le lui donna. Tous pleuraient quand on l'emporta. Coco seul ne pleurait pas ; mais il ne put supporter l'absence, et mourut au bout de quelques jours. "

De tous les récits qui concernent le perroquet gris, je préfère le suivant, qui indique jusqu'où peut aller la bonté de cet intelligent oiseau

" Un de mes amis, raconte Wood, avait un perroquet gris, qui était devenu le parent le plus tendre pour les créatures délaissées. "

"   Dans le jardin de son maître était un bouquet de rosiers, entouré d'une palissade et entremêlé de plantes grimpantes. Un couple de pinsons y avait fait son nid, et les gens de la maison les nourrissaient. "

 Ce manège n'échappa pas à Polly (c'était le nom du perroquet) ; il résolut de suivre ce bon exemple. Comme il était libre, il quitta sa cage, imita à s'y méprendre le cri d'appel du pinson, et se mit à remplir le bec des jeunes de nourriture.

 Mais ces témoignages d'amitié étaient trop bruyants pour les parents. Effrayés par ce grand oiseau qu'ils ne connaissaient pas, ils disparurent, abandonnant leur progéniture aux tendres soins de Polly.

Celui-ci rentra moins souvent dans sa cage ; il restait joui et nuit auprès de ses enfants adoptifs, et eut la joie de les élever.

Une fois qu'ils purent voler, ils se perchaient sur la tête et le cou de leur père nourricier, qui se promenait gravement, tout fier de cette charge.

Ses soins cependant furent payés de bien peu de reconnaissance. Lorsque leurs ailes furent assez fortes, les pinsons s'envolèrent et disparurent.

Le pauvre Polly en fut tout triste, mais bientôt il se consola ; il avait trouvé de jeunes fauvettes orphelines ; il s'en chargea, les apporta l'une après l'autre dans sa cage, et vécut avec elles en fort bonne harmonie.

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